Vendre le logement pendant ou après un divorce

La séparation est décidée, le logement doit partir, et vous découvrez que la vente dépend d'une signature qui n'est pas seulement la vôtre. Voici les règles qui s'appliquent selon votre régime, ce que la banque exige pour vous désolidariser du prêt, et ce que le juge peut trancher quand l'accord est hors d'atteinte.

En un mot

Un logement acquis pendant un mariage sous le régime légal de la communauté réduite aux acquêts ne peut pas être vendu par un seul des deux époux : l'article 1424 du code civil impose la signature des deux. Il en va de même pour un bien détenu en indivision par des concubins ou des partenaires de pacs.

Tant que cet accord n'existe pas, aucun notaire ne recevra l'acte, et une offre de rachat comptant, quelle qu'elle soit, ne peut pas se signer.

Portrait de Julien Houllière, Directeur Sourcing

Directeur Sourcing

Julien Houllière

Il dirige la recherche des biens que le groupe rachète. Les dossiers déposés sur ce site lui parviennent et sont instruits sous sa responsabilité.

Qui peut vendre, et qui ne peut pas vendre seul

La première question n'est pas le prix, c'est le régime sous lequel le bien a été acquis. Elle détermine qui doit signer, et donc si une vente est juridiquement possible aujourd'hui ou seulement plus tard.

Le régime figure dans votre acte d'achat et, s'il existe, dans votre contrat de mariage. En cas de doute, le notaire qui a reçu l'acte peut vous le confirmer par écrit.
PosteStatut du bienQui doit signer la vente
Mariage sans contrat, bien acheté pendant le mariageBien commun (communauté réduite aux acquêts)Les deux époux, sans exception
Mariage sans contrat, bien acheté avant le mariage ou reçu par succession ou donationBien propre à un seul épouxL'époux propriétaire seul, sauf si c'est le logement de la famille
Mariage sous séparation de biens, achat aux deux nomsIndivision entre époux, selon les quotes-parts de l'acteLes deux, ou une majorité des deux tiers pour certains actes seulement
Concubins ou partenaires de pacs, achat aux deux nomsIndivision de droit communTous les indivisaires pour vendre le bien entier

Un seul des deux ne peut pas vendre un bien commun. Notre offre de rachat existe donc toujours sous condition d'un accord des deux signataires : nous ne remettons pas de prix ferme à une seule partie.

Une exception mérite d'être connue : le logement qui abrite la famille est protégé même lorsqu'il est le bien propre d'un seul époux. L'article 215 du code civil interdit d'en disposer sans le consentement de l'autre, aussi longtemps que le mariage dure. Autrement dit, être le seul propriétaire sur le papier ne suffit pas à vendre le domicile conjugal avant le divorce.

Conséquence pratique : nous ne demandons jamais à une seule des deux personnes de s'engager. Si vous nous contactez seul, nous estimons le bien, nous vous expliquons le calendrier, et nous attendons que l'autre partie soit informée avant toute visite. Une visite organisée sans l'accord de l'occupant n'a aucune valeur et se retourne contre vous devant le juge.

Vendre à un tiers, ou racheter la part de l'autre

Deux sorties existent. Soit le bien est vendu et le prix est partagé selon les droits de chacun, après remboursement du prêt. Soit l'un des deux conserve le logement et verse à l'autre une soulte, c'est-à-dire la valeur de sa part.

La soulte se calcule sur la valeur du bien diminuée du capital restant dû, puis répartie selon les quotes-parts. Sur un bien commun détenu à parts égales, avec une valeur retenue de 400 000 euros et un capital restant dû de 150 000 euros, la soulte est de la moitié de 250 000 euros, soit 125 000 euros.

À cela s'ajoutent les frais de partage perçus par l'État, dont le taux est de 1,10 % de la valeur des biens partagés lorsque le partage intervient dans le cadre d'un divorce, ainsi que les émoluments du notaire.

Le point de blocage le plus fréquent n'est pas le calcul, c'est le financement. Celui qui garde le bien doit obtenir un prêt couvrant la soulte et, le plus souvent, reprendre seul le crédit en cours. Sa capacité d'emprunt est examinée sur son seul revenu, parfois grevée d'une pension alimentaire. Beaucoup de projets d'attribution échouent à ce stade, après plusieurs mois perdus.

Si vous en êtes là, demandez une simulation écrite à votre banque avant de vous engager sur une valeur. Un accord de principe verbal ne vaut rien, et le refus arrive fréquemment après l'état liquidatif, ce qui oblige à tout reprendre.

L'attribution préférentielle

L'attribution préférentielle permet à un époux de demander que le logement lui soit attribué dans le partage, à charge d'indemniser l'autre. Elle n'est pas gratuite : elle suppose de payer la soulte. Elle n'est pas non plus automatique, sauf dans les cas limités prévus par la loi. Le juge la refuse lorsque le demandeur ne démontre pas sa capacité à financer l'opération.

Le prêt en cours et la désolidarisation bancaire

Le divorce ne touche pas votre contrat de prêt. Si vous avez emprunté ensemble, vous êtes solidaires devant la banque, et vous le restez après le jugement, même si la convention de divorce dit autre chose. La convention lie les époux entre eux ; elle ne lie pas l'établissement prêteur.

Se libérer suppose une désolidarisation, c'est-à-dire un avenant par lequel la banque accepte de ne plus poursuivre qu'un seul emprunteur. Elle n'y est jamais obligée. Elle l'accorde si le taux d'endettement de celui qui reste tient, éventuellement contre une garantie supplémentaire ou une caution. Un refus est fréquent et il n'ouvre aucun recours.

Vendre le bien règle la question en une opération : le prêt est remboursé par le notaire, l'hypothèque est levée, et plus personne n'est solidaire de rien.

C'est la raison la plus souvent invoquée par les personnes qui nous appellent : non pas obtenir le prix le plus élevé, mais obtenir une date de fin certaine. Si votre banque a refusé la désolidarisation par écrit, joignez ce courrier au dossier : il fait comprendre au notaire et à l'autre partie pourquoi le calendrier compte.

Quand l'accord est impossible : le juge

Tant que le divorce n'est pas prononcé, le juge aux affaires familiales peut, dans le cadre des mesures provisoires, attribuer la jouissance du logement à l'un des deux, fixer une indemnité d'occupation, et désigner un notaire ou un professionnel qualifié pour évaluer le bien. Il ne peut pas ordonner la vente d'un bien commun à ce stade dans la généralité des cas : la vente relève de la liquidation.

Après le divorce, si le bien reste indivis et que l'un veut vendre, l'article 815 du code civil s'applique : personne n'est contraint de rester dans l'indivision. Le partage judiciaire peut être demandé au tribunal, qui ordonne le cas échéant une vente aux enchères.

C'est long, souvent un à trois ans selon les juridictions et les expertises, et le prix obtenu à l'audience d'adjudication est rarement supérieur à celui d'une vente amiable.

Nous le disons clairement : si vous avez le temps et si le dialogue est encore possible, un accord amiable sur une vente en agence vous rapportera davantage qu'un rachat comptant, et beaucoup plus qu'une adjudication. Notre place est là où l'accord existe sur le principe de vendre, mais où le calendrier ou la banque ne laissent pas le temps d'une commercialisation classique.

L'état liquidatif notarié et la valeur retenue

L'état liquidatif est l'acte par lequel le notaire dresse le compte entre les époux : actifs, passifs, récompenses dues à la communauté, avances consenties par l'un ou l'autre. Il fixe la valeur du bien à la date la plus proche possible du partage, et non à la date du mariage ni à celle de la séparation.

Cette valeur est souvent contestée, parce que chacun a intérêt à la tirer dans son sens : celui qui part veut une valeur haute, celui qui garde veut une valeur basse. Deux avis divergents allongent la procédure de plusieurs mois. Une offre écrite et chiffrée d'un acheteur réel, avec sa date de validité, sert de point de référence tangible dans cette discussion, ce qu'aucune estimation en ligne ne fait.

Vous récupérez aussi, à cette occasion, les sommes que vous avez apportées en propre pour financer un bien commun. Les relevés et justificatifs de ces apports sont à sortir tôt : les retrouver dix ans après une donation familiale prend du temps.

Notre calendrier dans un dossier de séparation

  • Estimation en ligne, fourchette immédiate, sans création de compte.
  • Appel sur les disponibilités que vous indiquez, avec l'un ou l'autre, pour vérifier qui doit signer.
  • Visite sous cinq jours, en présence de l'occupant, à une heure convenue avec lui.
  • Offre ferme sous 48 heures après la visite, écrite, non révisée ensuite.
  • Promesse signée par les deux parties, puis dix jours de rétractation sans frais.
  • Virement à l'acte notarié, six à dix semaines plus tard, avec remboursement du prêt par le notaire.

Le prix du partage est réparti par le notaire selon les droits de chacun. Vous n'avez pas à vous faire confiance mutuellement sur la circulation des fonds : chacun reçoit sa part directement.

Notre décote ne dépend jamais de votre séparation. Elle est calculée sur le bien : localisation, état, travaux, DPE, statut d'occupation. Le moteur ne reçoit pas votre situation personnelle.

Ce qui peut bloquer

Voici les points qui ralentissent réellement une vente dans cette situation, et la pièce qui permet de les lever.

L'un des deux refuse de signer

Aucune vente n'est possible sur un bien commun ou indivis sans l'accord de tous les signataires. Nous ne remettons pas d'offre ferme dans cette configuration : nous vous donnons une fourchette, utilisable dans la discussion, et nous attendons l'accord ou la décision du juge.

Pièce à fournir : Acte d'achat du bien et, s'il existe, projet de convention de divorce ou état liquidatif.

La banque refuse la désolidarisation

Le projet d'attribution à l'un des deux tombe, et la vente redevient l'issue la plus simple. Le refus écrit est utile : il justifie auprès du notaire et de l'autre partie de renoncer à l'attribution.

Pièce à fournir : Courrier de refus de la banque et offre de prêt initiale avec la clause de solidarité.

L'un des deux occupe encore le logement

La visite ne peut avoir lieu qu'avec son accord, et son départ doit être daté dans la promesse. Nous achetons un bien libre à l'acte : la date de remise des clés est une condition, pas un détail.

Pièce à fournir : Ordonnance de non-conciliation ou décision fixant la jouissance du logement, et accord écrit sur la date de départ.

La valeur retenue est contestée

Deux avis divergents bloquent l'état liquidatif. Notre offre écrite ne tranche pas le litige, mais elle donne un prix réellement engageable à une date donnée, ce que les parties peuvent verser au dossier.

Pièce à fournir : Les estimations écrites déjà obtenues, avec leur date et le nom de leur auteur.

Un des deux est sous mesure de protection

Tutelle ou curatelle renforcée : la vente exige l'autorisation du juge des contentieux de la protection. Nous ne remettons pas d'offre avant que cette autorisation soit obtenue et nous vous le disons dès le premier appel.

Pièce à fournir : Jugement d'ouverture de la mesure et coordonnées du tuteur ou curateur.

Le capital restant dû dépasse la valeur du bien

Le prix ne suffit pas à rembourser le prêt et à lever l'hypothèque. Le notaire ne peut pas signer sans un accord écrit de la banque sur le solde, ce qui se négocie et prend du temps.

Pièce à fournir : Décompte de remboursement anticipé de la banque et état hypothécaire.

Les pièces à réunir

  • Acte d'achat du bien, avec la mention du régime matrimonial ou des quotes-parts d'indivision.
  • Contrat de mariage, s'il en existe un.
  • Livret de famille ou attestation de pacs.
  • Ordonnance de non-conciliation, convention de divorce ou jugement, selon l'avancement.
  • Coordonnées du notaire chargé de la liquidation et de chaque avocat.
  • Offre de prêt en cours et décompte de remboursement anticipé.
  • Dernier avis de taxe foncière et appels de charges des deux dernières années.
  • Trois derniers procès-verbaux d'assemblée générale de copropriété.
  • Diagnostic de performance énergétique existant.
  • Justificatifs des apports en propre à récupérer dans le partage.

Questions fréquentes

Estimer le logement du couple

La fourchette est immédiate et vous pouvez la transmettre à l'autre partie ou à votre notaire. Elle ne remplace pas l'évaluation retenue dans l'état liquidatif.

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